Aveux des révolutionnaires eux-mêmes : Pour bien montrer le caractère universel du courant qui commençait à faire craquer ses digues, Barère annonçait aux membres des états généraux : « Vous êtes appelés à recommencer l’histoire ». Et Thuriot à la législative (Le 17 Août 1792) : « la révolution n’est pas seulement pour la France nous en sommes comptable l’humanité »
Jean Ousset, Pour qu'il règneOn ne le dira jamais trop : le mal que nous subissons aujourd’hui, dans le domaine spirituel comme dans le domaine temporel, a son origine en 1789.
Avant cette date les rapports entre l’Eglise et l’Etat ne posèrent pas de problèmes insolubles. Il arriva, bien sûr, que certains princes, comme aussi certains prélats, eussent tendances à s’arroger des droits dans des domaines qui ne leur appartenaient pas .Mais au long des âges, appuyée sur l’expérience, la sagesse avait le plus souvent eu raison de la malice des hommes. En faite, le spirituel et le temporel était distingués : le sacre ne créait pas le droit, il consacrait un droit naturel qui appartenait à la ligné capétienne. Et celle-ci devait ce droit à ses mérites, à sa position et aux services qu’elle seule était à même de rendre pour le bien public. Le jour du sacre, les évêques ne faisaient que reconnaitre cet état des choses. C’est pourquoi le Roi qui tenait son pouvoir de la nature (et non de la volonté l’Eglise) s’affirmait supérieur aux évêques dans tout ce qui ne touchait pas aux choses de l’âme. Donc il y avait, répétons-le, distinction des pouvoirs.
Mais distinction ne signifie pas séparation. Il n’y avait pas séparation entre l’Eglise et l’Etat. L’âme ne peut être séparée du corps ! Les évêques rappelaient sans cesse au Roi qu’il était l’oint du seigneur, que son action temporelle était subordonnée à des exigences spirituelles, et qu’il devait non seulement respecter l’Eglise mais défendre l’intégrité de la foi chrétienne, cette foi étant la richesse la plus précieuse du patrimoine national. Pour les sujets, aucun conflit ne pouvait exister entre les exigences de la foi et les devoir envers la cité temporelle. Cela n’était même pas matière à discussion.
Le cataclysme de 1789 détruisit l’ordre naturel des choses. La volonté individuelle fut proclamé souveraine. Pour Jean-Jacques Rousseau, dont on s’inspirera pour fonder l’ordre democratique, chaque individu doit être subordonné à l’Etre collectif par qui s’exprime la volonté générale, voix profonde de la conscience humaine…En somme, il s’est agi, à la révolution de 1789, d’un acte de foi dans la compétence, la clairvoyance, l’infaillibilité de l’électeur.
On devine comment, avec de tels principes l’orgueil impie allait s’emparer des âmes. Il fallait désormais rejeter toute expérience, tout allait être remis en cause, aussi bien dans l’ordre religieux, et même dans les rapports entre ces deux ordres.
Ce fut, comme le dit Robert Havard de la Montagne dans son « Histoire de la démocratie chrétienne » l’avènement d’un droit nouveau. Une divinité concurrente, le peuple, se dressait face à Dieu. Alors qu’un Louis XVI, le plus opulent de nos rois, s’agenouillait devant Dieu et lui rendait de ses actes, voilà que les fervents de la démocratie peuvent se permettre depuis 2 siècles de dire comme Jaurès, cent ans après la Révolution : « Si Dieu Lui-même se dressait devant les multitudes sous une forme palpable, le premier devoir de l’homme serait de refuser l’obéissance et de Le considérer comme l’égal avec qui l’on discute, non comme le maître que l’on subit »
Michel Fromentoux, l’illusion démocratique
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